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Pris au dépourvu
Par un phénomène tourbillonnaire,
Tel un détritus
Soumis aux vents amers,

Je déambule
Vêtu de léger
Sous un ciel de canicule
D’un bleu acier.

Au loin, le tonnerre
Donne de la voix,
Dans la haute atmosphère
Zébrée d’éclairs froids.

Que s’affrontent les immortels
Des nues lointaines, là-bas !
Je n’ai que faire, moi mortel
De tout ce fracas !

QU’AVONS-NOUS À CRAINDRE
DES CHOSES QUI TUENT VITE,
POUR PEU NOUS SERIONS QUITTES
D’ENTRER EN LA MORT SANS GEINDRE.

Nous ne sommes que des jouets
À la vie bien brève.
Le temps d’un rêve
Et déjà on parle de nous à l’imparfait.

Pourquoi s’user ainsi
À courir sur le béton des villes
Comme nos sœurs les fourmis
Que je crois plus utiles ?

Pourquoi, pour qui ?
Au risque de me répéter,
Cette quête effrénée
D’un mieux-être ennemi ?

Je vois des maisons immenses
Où s’étendait la prairie.
Les ruisseaux sont taris
Qui abreuvaient mon enfance.

Que faites-vous à ma terre
Où abondaient les animaux,
Où vrombissaient les coléoptères
Autour de nous en cercles amicaux ?

Vous n’avez qu’une rage :
Construire d’avantage.
Couvrir la terre nourricière
De vos mausolées de pierre.

Sous ce soleil de plomb,
Les pieds sur le goudron qui fond
Je vous observe attristé
Et envahi de pitié.

Allez, allez mes amis !
Donnez un sens à votre vie !
Investissez dans la pierre !
Moi je préfère le lierre
Qui sans entraves court
Sur les arbres rescapés
Dans les arrière-cours
Au sol bétonné.

À présent j’accepte,
Et suivant les préceptes
De Platon mon maître
Je ne laisse plus paraître
Le sentiment cruel
Que m’inspire le monde
Aux mains de Machiavel,
Prince d’outre-tombe.

J’observe les menues créatures
S’affairer mystérieusement,
Vaquer dans les fissures
Diligemment.

Scolopendres, cloportes et scarabées
Courent sous les pierres
Depuis des millions d’années.
Rescapés de l’ère tertiaire,
Il survivront, c’est certain
Au règne de l’humain.

Cette pensée me réconforte
Car la vie, je sais
Sera toujours plus forte
Et que jamais
Terre ne sera morte…

2002
Lorenz von Oberbruck