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Sur le tas d’immondices
Qu’est devenue ma terre
Je distingue, solitaire
La petite adventice.

À elle seule, fragile,
Elle marque ces laideurs.
Sa beauté gracile
M’émeut, moi cueilleur.

Dans un dépotoir
Envahi de rats
J’ai glané parfois
Des plantes rares.

Leurs vertus m’ont réconforté
Les jours de mal-être
Quand, désespéré,
J’aurais voulu renaître
En un lieu préservé
Des souillures de l’homme,
Au paradis en somme.

Un jour viendra
Où Dame Nature
Reprendra ses droits,
Où l’homme immature
Disparaîtra.

Les herbes folles envahiront
Les rues vides,
De racines en stolons
Il reviendra avide
Le galeobdolon.

De grands hêtres croîtront
Dans les décombres
De nos habitations
Et feront de l’ombre
À la blanche aubépine,
Le sanguin cornouiller,
Rivalisant avec les noires épines
Du prunellier…

Le destin est en marche
Avec ardeur on scie
La branche où l’on est assis.
Bientôt le temps de l’arche.

Celle-ci ne sera pas de bois
Comme il est dit dans la bible,
Mais d’un métal indestructible
Fait pour résister au froid
Des gouffres indicibles.

L’exode est pour demain.
La phase de séminogenèse
Du monde terrien
De l’ère du manganèse
Est amorcée, je le crains.

Pour l’homme en sa nature,
Impossible voyage.
Mais il est d’autres créatures
Du commencement des âges…

Le froid ne les tue pas
Ces milliards d’êtres.
Le temps ne compte pas
Pour les légions du Maître.

On les dit invisibles
Mais ce sont elles qui
Par leur pouvoir divisible
Seront celles qui
Coloniseront les mondes lointains
Jusqu’aux confins.

C’est à vous petites bactéries
Que reviendra la tâche
D’œuvrer sans relâche
Afin de perpétuer la vie.

Dans le grand il y a le petit
Et inversement.
Ainsi, en vertu de ce principe-ci
Au commencement,
N’en déplaise à Darwin,
Il y a l’infime.

Vidée de sa substance
Comme une fleur à l’automne
La terre expulsera sa semence
Par le travail des hommes.

Épuisée mais point mourante
Notre planète entrera en l’hiver.
À l’instar des plantes
Que le sommeil gagnait hier.

Qu’adviendra-t-il de l’homme ?
Me demanderez-vous.

Et bien, une partie essaimera,
L’autre régressera.
Puis par les vertus de l’oubli
Il perdra, c’est ainsi,
Pendant des lustres
Jusqu’au souvenir vague
De sa destinée illustre…

Janvier 2006
Lorenz von Oberbruck